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Fata morgana

Fata Morgana observée en août 2022 entre l’Archipel des Glénan et Bénodet (Wikimedia Commons)

 

Tugdual Denis, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, était l’un des invités des Matins de France Culture, le 17 juin dernier. Interrogé sur l’hégémonie culturelle actuelle de la droite, il fait une réponse qui montre qu’il en sait long sur le phénomène des fata morgana :

 

Moi je pense que c’est une illusion et je prends d’ailleurs dans le livre1 la métaphore des fata morgana les fata morgana ce sont des mirages dit supérieurs qui résultent de la superposition d’une couche d’air chaud sur une couche d’air froid2 normalement c’est l’inverse dans les mirages c’est une couche d’air froid sur une couche d’air chaud et donc ça donne dans certains endroits de la planète avec des conditions atmosphériques un peu particulières comme la baie des Chaleurs au Canada le détroit de Messine entre l’Italie et la Sicile ou les Glénans par exemple en Bretagne d’ailleurs au large de chez Vincent Bolloré ça donne des cargos qui volent dans le ciel des maisons à l’envers enfin des phénomènes optiques tout à fait impressionnants et pour moi la couche d’air chaud pour la droite ce sont les bonnes ventes de certains essais ce sont les audiences de certaines chaînes d’information un allant général dans le débat public et la couche d’air froid qui est pourtant bien importante et réelle ce sont les politiques publiques il ne se passe rien de droite dans ce pays sur la fiscalité des entreprises sur la gestion des flux migratoires sur le programme de l’Education Nationale et je pense que ça donne à la fin une illusion effectivement de cette hégémonie culturelle.

Après deux billets de juillet, l’un en 2021, l’autre en 2025, Tugdual Denis nous donne une nouvelle occasion d’évoquer cette “dissonance cognitive” que nous avions, déjà, associée à l’usage de certaines métaphores. Des métaphores liées à une représentation dichotomique – et manichéenne – du temps qu’il fait : chaud et soleil c’est bien (c’est du beau temps), froid et pluie/nuages c’est mal (c’est du mauvais temps)3.

La métaphore dont il est question ici est un peu plus originale, et fait intervenir un phénomène optico-atmosphérique qui fait rêver. Mais sinon, les ressorts de base sont les mêmes : l’air chaud, c’est bien, l’air froid, c’est pas bien (bien et pas bien, du moins, du point de vue de celui qui s’exprime). Et quand on entend ça peu après un premier épisode caniculaire encore plus précoce que les années précédentes, on se dit que la dissonance est toujours d’actualité.

À précocité de l’épisode, précocité du billet : billet de juin cette fois. Et pour l’étoffer un peu, nous mentionnerons également la façon dont Libération, dans un article du 19 juin – en plein, donc, dans la “2ème canicule”, celle qui sévit encore – fait un titre sur le “coup de froid entre Donald Trump et son alliée Georgia Meloni”, en référence à la détérioration brutale de leur relation.

Sauf que… Pour une fois, par rapport à tous les exemples qu’on avait relevés jusqu’à présent, où la métaphore semblait, comme on le disait, “passer ‘comme une lettre à la poste’ “, “sans que lien avec le réchauffement climatique ne soit perçu, pensé”, la prise de conscience du lien entre métaphore et actualité caniculaire est bien là. Elle se manifeste par le clin d’oeil de l’étiquetage  : Clim, ça donne à penser que finalement, ce n’est pas si mal, un coup de froid…

Capture d’écran, site de libération.fr

 

  1. Son livre paru chez Robert Laffon en mai 2026. []
  2. Wikipédia le dit autrement : “il faut que des couches d’air chaud et des couches d’air froid se superposent, entraînant une succession de mirages supérieurs et de mirages inférieurs.” Tout le reste du laïus sur les fata morgana, y compris les exemples donnés, suit fidèlement (à l’exception de la mention de Vincent Bolloré) l’article de Wikipédia… []
  3. Nous avons développé cette thématique dans un article de la revue Lexis : “Beau temps, mauvais temps : un impensé”, à paraître en septembre prochain dans un numéro spécial consacré aux “Mots du changement climatique”. []
Anne Le Draoulec et Marie-Paule Péry-Woodley
Anne Le Draoulec et Marie-Paule Péry-Woodley

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Anne Le Draoulec et Marie-Paule Péry-Woodley (23 juin 2026). Fata morgana. Bling. Consulté le 14 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16gar


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