Héros et héroïnes
En tombant sur cette affiche pour l’exposition Héros & Héroïnes au château de Foix, nous nous réjouissons de ce que notre blog ait un tel impact sur la vie culturelle régionale. À tout moment (!), c’est la lecture de notre billet d’il y a quelques années, Pataquès et joyeux bordel, qui a amené les organisatrices et organisateurs de l’événement à mentionner les héroïnes à côté des héros…
Le premier moment de réjouissance passé, nous nous demandons cependant (parce qu’en termes d’égalité, on n’est jamais trop sourcilleux) : pourquoi héros et héroïnes, plutôt que héroïnes et héros ?
Alors certes, on pourra nous dire que ce qui est en jeu ici, c’est juste un principe prosodique qui veut qu’en français (comme dans d’autres langues), c’est le mot le plus long (au sens de : avec le plus de syllabes) qui se place en dernier. On appellera cette préférence, en ce qui concerne les coordinations de noms (communs ou propres) désignant des personnes, le principe “Paul et Virginie”.
De même que seront invoquées, dans d’autres circonstances, des questions d’euphonie : pas de choc des voyelles, pas d’hiatus [oe], [ae], [ie]. Et sur ce plan phonique encore, l’exemple de Paul et Virginie marche bien – pour éviter, donc, [viRʒiniepɔl] .
On pourra nous le dire, donc, mais on aura du mal à y croire. À cause de Roméo et Juliette (qui viole à la fois le principe Paul et Virginie et le principe d’euphonie1 ) ; de mari et femme (idem2 ). À cause de tous les cas où, même si du point de vue de ces mêmes principes, les deux mots coordonnés sont à égalité, le masculin vient en premier : Tristan et Iseult, frère et soeur, père et mère, papa et maman, papy et mamie, etc. Autant de paires ordonnées selon l’ordre le plus évident, le plus transparent – l’ordre “naturel”.
Et tété à la source même, dès l’apprentissage de la lecture.
C’était le cas au siècle dernier :
Quoique, quand même :
C’est toujours le cas (réédition de “méthode traditionnelle”, ou pas) :
Même si, quand même :
Mais revenons à nos héros et héroïnes. Notre hypothèse était que d’aucunes et d’aucuns se sont dit, en fabriquant l’affiche, que c’était déjà bien d’avoir mis les héroïnes ; et que l’autre question, celle de l’ordre, ne s’est même pas posée3. Hypothèse subsidiaire : peut-être l’exposition a-t-elle beaucoup plus de héros que d’héroïnes à faire valoir ?
Hypothèses qui valaient bien une petite enquête, menée auprès de la cheffe de la conservation départementale de l’Ariège, dont le service a largement collaboré à la réalisation de l’exposition (et que nous remercions vivement).
De cette enquête, il ressort que :
– il y a bien eu une volonté initiale de mettre en valeur la part des héroïnes, lesquelles sont à peu près à parité avec les héros dans l’exposition.
– à partir de là, le service de communication a d’abord voulu imposer, sur l’affiche, la seule mention de héros au masculin générique (ce masculin générique, censé subsumer les genres, qui fait tant débat aujourd’hui).
– il a fallu se battre pour que héroïnes apparaisse également sur l’affiche. Et une fois ceci acquis, pour que héroïnes reçoive le même traitement typographique que héros.
Notre question : “et mettre héroïnes en premier, est-ce que vous l’avez envisagé ?”
Réponse amusée de notre interlocutrice : “On n’est pas allé jusque-là !”
Ordre naturel, disions-nous…
- 3 syllabes pour le premier mot, 2 pour le second ; hiatus du [oe]. [↩]
- 2 syllabes pour le premier mot, 1 pour le second ; hiatus du [ie]. [↩]
- Ce qui importe, pour nous, n’étant pas le choix final – héroïnes et héros, ce ne serait pas forcément mieux que héros et héroïnes – mais, juste, le fait de… se poser la question. [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Anne Le Draoulec et Marie-Paule Péry-Woodley (22 octobre 2025). Héros et héroïnes. Bling. Consulté le 14 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/150dk

















Paul et Virginie, Tristan et Iseult, Abélard et Héloïse… Quel est le premier couple femme-homme de l’histoire qu’on désigne usuellement en commençant par elle? Il y a certes Colette et Willy, y a-t-il des exemples antérieurs notables?
par ailleurs, lorsque ce sont deux hommes qui sont juxtaposés, le premier a toujours plus de valeur que le second : Astérix et Obélix, Don Quichotte et Sancho Pança, Tintin et le Capitaine Haddock. Laurel et Hardy. Conclusion…